«Feuillets d'Hypnos» de René Char Commentaire Composé

«Feuillets d'Hypnos» de René Char
Commentaire composé de ce poème en prose de René Char qui tente de conjurer l'angoisse et la mort en proposant un moment de repos au milieu du tumulte de la guerre.
№ 3853 | 1,115 mots | 0 sources | 2007
Publié le févr. 25, 2008 in Littérature
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Résumé:

René Char a écrit les «Feuillets d'Hypnos», durant la Seconde Guerre Mondiale, alors qu'il combattait au côté des résistants. L'écriture est alors pour lui le moyen d'oublier l'horreur de la guerre en créant, grâce à la magie des mots, un monde paisible et heureux. Ainsi le mystère poétique a-t-il pu un instant faire oublier le « diable » et redonner au monde sa paix, sa douceur et sa beauté.
Ce poème apparaît donc comme un exemple de la richesse du poème en prose qui se nourrit de toutes les ressources que lui offre le langage pour faire d'un univers – ici angoissant – un espace poétique où la guerre a diparu, un monde où les mots « mal » et « horreur » n'existent plus, et contre lequel le diable demeure impuissant.

Extrait du document:

Grâce à l'écriture, le poète a donc créé ce monde de paix et d'équilibre à partir d'images et de situations que tout le monde connaît et qui sont à la portée de tous. Le vallon, dans lequel se cache peut-être le maquisard perd sa connotation funèbre; les fusées guerrières sont «engourdies» et leur funeste sifflement est effacé par le doux bruissement du feuillage; les rafales de balles sont remplacées par les «traits» que dessinent les insectes sur «l'écorce tendre de la nuit»; le buste blessé et sanguinolent disparaît devant l'image d'un buste revêtu de «couleurs vives», et le compagnon du maquisard accroupi près de lui, guettant l'ennemi, n'est plus qu'un homme bien portant qui a peur de voir céder sa ceinture.
C'est le pouvoir de transformation de la poésie, c'est l'alchimie poétique, qui confère à tous ces éléments leur dimension symbolique que le poète met en évidence par l'utilisation récurrente du démonstratif : «c'est ce vallon ... c'est cette pesanteur ... c'est cette circulation ... c'est cette graine ... c'est cet incendie ...».
Le démonstratif évoque ce qui est proche de nous et crée ainsi une complicité avec le poète, mais il prend aussi une valeur laudative qui confère au nom qu'il accompagne, une nuance emphatique et contribue à célébrer ces tableaux de sérénité et de bonheur. «Qu'importe l'heure et le lieu où le diable nous a donné rendez-vous !».

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